Pakistan: plus de 70 morts après des attaques séparatistes au Baloutchistan
Cinq civils et au moins dix membres des forces de sécurité ont été tués samedi lors d'attaques "coordonnées" menées par des séparatistes dans la province pakistanaise du Baloutchistan, dans le sud-ouest du pays, qui ont provoqué la mort de plus de 50 rebelles, selon un responsable pakistanais.
Le haut responsable sécuritaire, qui a gardé l'anonymat car il n'est pas autorisé officiellement à parler aux médias, a fait état de la mort de 58 rebelles dans des affrontements consécutifs aux attaques.
Les attaques commises samedi interviennent un jour après que l'armée pakistanaise a affirmé avoir tué des dizaines de rebelles séparatistes au Baloutchistan, province pauvre proche de l'Iran et de l'Afghanistan, régulièrement en proie à des troubles.
Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a apporté son soutien aux forces armées "dans leur lutte déterminée pour défendre le pays" et accusé l'Inde de soutenir les séparatistes.
"Les terroristes (...) ont lancé des attaques coordonnées ce matin dans plus de 12 endroits", a déclaré à l'AFP un haut responsable sécuritaire en faisant référence aux séparatistes.
"Dix membres des forces de sécurité" ont trouvé la mort et plusieurs autres ont été blessés", a ajouté ce responsable, précisant que 58 séparatistes ont aussi été tués dans des affrontements.
Les attaques ont aussi coûté la vie à des civils: cinq membres d'une même famille, dont une femme et trois enfants, ont été tués par des séparatistes dans la région de la ville portuaire de Gwadar, selon la même source.
L'Armée de libération du Baloutchistan, principal mouvement séparatiste dans cette province frontalière de l'Iran et du Pakistan, a revendiqué ces attaques dans un communiqué transmis à l'AFP.
Elle a affirmé avoir visé des installations militaires et policières, mais aussi avoir bloqué des autoroutes pour ralentir la réponse de l'armée à ces attaques. Plusieurs femmes ont pris part aux attaques, selon le mouvement.
- Explosion après explosion -
A Quetta, le chef-lieu provincial, un journaliste de l'AFP a entendu plusieurs explosions. Un important dispositif de sécurité a été déployé dans la ville. Les rues étaient désertes et les commerces ont fermé.
"Depuis ce matin, il y a une explosion après l'autre", a confié à l'AFP Abdul Wali, un habitant âgé de 38 ans. "La police pointe ses armes et nous dit de rentrer chez nous", ajoute cet homme qui devait traverser la ville pour aller voir sa mère hospitalisée.
Les liaisons ferroviaires ont été suspendues dans les zones visées et les services de téléphonie mobile ainsi que le trafic routier sont perturbés.
Dans le district de Mastung, des séparatistes ont libéré 30 prisonniers, attaqué un commissariat et se sont emparés d'armes et de munitions, selon un responsable gouvernemental. Un responsable local a aussi été enlevé dans le district de Nushki, selon une source officielle de cette ville.
Un haut responsable militaire à Islamabad a confirmé ces attaques "coordonnées", mais a affirmé qu'elles avaient "échoué (...) grâce à une réponse efficace des forces de sécurité".
Les séparatistes attaquent régulièrement les représentants de l'Etat et les Pakistanais venus d'autres provinces.
Le Baloutchistan a notamment été le théâtre d'une spectaculaire prise d'otages par des séparatistes dans un train en mars qui s'était soldée par des dizaines de morts.
Depuis des décennies, les Baloutches se disent lésés dans leur province: officiellement, 70% des habitants y sont pauvres alors que le sous-sol regorge de minerais et d'hydrocarbures, exploités notamment par des entreprises chinoises.
L'année 2024 avait été particulièrement meurtrière avec plus de 1.600 morts, pour près de la moitié des soldats et policiers, selon le Centre pour la recherche et les études sur la sécurité d'Islamabad.
X.Cabello--ESF