Le pape dans les pas de saint Augustin au 2e jour de sa visite en Algérie
Au deuxième jour de sa visite historique en Algérie, le pape Léon XIV est attendu mardi à Annaba, sur les traces de saint Augustin, le grand penseur chrétien, après avoir lancé un message de fraternité interreligieuse dans le pays à majorité musulmane.
Le pape américain est devenu lundi le premier souverain pontife à fouler le sol algérien, étape initiale d'une tournée dans quatre pays d'Afrique, en partie occultée par de violentes critiques du président américain Donald Trump à son encontre.
Accueilli avec les honneurs et sous haute sécurité en Algérie, le chef de l'Eglise catholique vivra à Annaba (est), l'antique Hippone, une étape à la dimension personnelle et spirituelle, dans les pas de saint Augustin (354-430).
Le théologien chrétien qui y fut évêque a légué son nom à l'ordre religieux dont est issu le pape américain, fondé au XIIIe siècle et aujourd'hui composé d'environ 3.000 membres à travers le monde prônant la charité et la vie communautaire.
Léon XIV visitera le site archéologique, vestige du passé romain, et une maison d'accueil pour personnes âgées démunies, majoritairement musulmanes, prises en charge par des religieuses catholiques.
L'après-midi, devant environ 1.500 fidèles, il célèbrera une messe à la basilique Saint-Augustin, perchée sur une colline, en présence de religieux africains de différentes nationalités.
- "Pardon" -
Lundi, sous un ciel d'Alger inhabituellement pluvieux, Léon XIV a rendu hommage devant le Monument des martyrs aux victimes de la sanglante guerre d'indépendance contre la France (1954-1962), un geste de reconnaissance de la douloureuse histoire nationale.
La "paix qui permet d'envisager l'avenir avec un esprit réconcilié n'est possible que par le pardon", a-t-il déclaré, appelant à ne "pas ajouter du ressentiment au ressentiment, de génération en génération".
La colonisation de l'Algérie par la France, à partir de 1830, a été marquée par des tueries massives et la destruction de ses structures socio-économiques, ainsi que par des déportations à grande échelle, selon des historiens.
Devant les plus hautes autorités dont le président Abdelmadjid Tebboune, Léon XIV a invité les responsables du pays à "ne pas dominer" le peuple et à promouvoir "une société civile vivante, dynamique et libre".
Depuis l'élan du mouvement prodémocratie Hirak en 2019, qui réclamait des réformes profondes et plus de transparence, les autorités algériennes ont repris le contrôle de l'espace public, dénoncent des ONG de défense des droits humains.
L'après-midi, le pape a visité la Grande Mosquée, au plus haut minaret du monde (267 mètres), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie d'Alger.
Là, il s'est recueilli dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002) entre groupes islamistes et forces gouvernementales, qui a fait 200.000 morts selon un bilan officiel.
- "Pas peur" de Trump -
Le pape a rappelé que ces religieux étrangers, dont les sept moines de Tibhirine (à 100 km au sud d'Alger), avaient fait le choix de ne pas quitter le pays malgré la multiplication des attentats meurtriers.
L'islam sunnite est religion d'Etat en Algérie, où les catholiques représentent moins de 0,01 % des 47 millions d'habitants.
Dans l'avion le menant de Rome à Alger, le pontife américain a répondu aux journalistes l'accompagnant qu'il n'avait pas "l'intention d'entrer dans un débat" avec Donald Trump et qu'il n'avait pas "peur" de son administration.
Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, le président américain s'était livré à une violente diatribe contre le pape, disant ne pas être "un grand fan" de lui.
Il l'a accusé pêle-mêle de soutenir le programme d'armement nucléaire iranien, de s'être opposé à l'opération militaire américaine au Venezuela en janvier et de rencontrer des sympathisants de l'ancien président démocrate Barack Obama, entre autres.
Répondant à ces critiques, les évêques italiens et américains ont apporté leur soutien au chef de l'Eglise catholique, tout comme la Première ministre italienne Giorgia Meloni qui les a jugées "inacceptables".
Mercredi, le pape de 70 ans quittera Alger pour le Cameroun, suite d'un premier voyage africain qui le conduira également en Angola et en Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril, un périple de 18.000 km à l'agenda très dense.
M.Ortega--ESF