Glucksmann visé par une opération russe de "déstabilisation" à huit mois de la présidentielle
"Entièrement truquée": Raphaël Glucksmann, probable candidat à la présidentielle et critique virulent de Vladimir Poutine, a été la cible d'une opération russe de "déstabilisation" impliquant sa compagne la journaliste Léa Salamé et le journaliste Edwy Plenel.
"Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) m'a informé que j'étais la cible d'une attaque du groupe Storm-1516, directement piloté par le GRU", les services secrets de l'armée russe, a indiqué l'eurodéputé social-démocrate sur ses réseaux sociaux.
Cette opération de désinformation a été détectée en fin de semaine dernière et a bien été menée par Storm-1516, a confirmé mardi à l'AFP une source sécuritaire.
Le même réseau prorusse avait déjà ciblé en juillet un autre candidat à la présidentielle, Édouard Philippe, via des posts sur les réseaux sociaux relayant de fausses informations sur sa santé.
Cette fois-ci, les publications pointées du doigt visent le patron de Place Publique, l'un des responsables politiques français les plus critiques envers Vladimir Poutine. Il a aussi été, de 2009 à 2013, le proche conseiller de l'ancien président géorgien pro-occidental Mikhaïl Saakachvili, emprisonné pour abus de pouvoir.
Tout comme celle visant Edouard Philippe, l'opération à l'encontre de Raphaël Glucksmann a eu "un niveau de visibilité relativement faible" sur les réseaux, selon la source sécuritaire.
Elle pointe toutefois une manipulation "relativement sophistiquée", avec le recours à un deepfake, à savoir "le détournement de l'identité et de la voix d'une personne médiatiquement connue pour donner de la visibilité", ici Edwy Plenel.
- "Ingérences massives" -
Raphaël Glucksmann explique que l'attaque s'est faite par le biais d'un faux média "fabriqué de toute pièce", reprenant les codes exacts du média en ligne Blast, pour "produire de faux documents, reproduire des voix grâce à l'intelligence artificielle, diffuser une vidéo entièrement truquée" impliquant sa compagne et le journaliste.
Cette vidéo affirme que Léa Salamé aurait tenté de soudoyer des médias pour favoriser la candidature de son mari.
"Le but est de rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe", déplore Raphaël Glucksmann, un "mode opératoire typique des services russes partout en Europe", selon lui.
Son rival à gauche Jean-Luc Mélenchon (LFI) a jugé "urgent de se protéger collectivement contre ces campagnes de déstabilisation".
Lui aussi dans la course à l'Elysée, il a fait savoir sur X que le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard avait présenté au Premier ministre Sébastien Lecornu des "propositions". "Il devait nous revoir. Pas de nouvelles", déplore-t-il.
"Il est temps d'organiser un front commun contre les ingérences", affirme-t-il, rappelant que plusieurs candidats Insoumis aux municipales avaient eux aussi été victimes de telles opérations de déstabilisation, cette fois venues d'Israël.
Il s'agissait d'un réseau "complexe" de sites web et comptes de réseaux sociaux, menant vers une entreprise liée à un ex-membre des renseignements israéliens, selon les autorités françaises. Une enquête a été ouverte.
Pour Raphaël Glucksmann, "la campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives".
Il accuse Vladimir Poutine de vouloir faire "basculer la France" pour obtenir "l'implosion du bloc européen".
"Ses services cibleront donc tous les candidats démocrates et pro-européens", prévient-il. Et d'affirmer qu'il sera particulièrement visé car "en première ligne pour défendre la souveraineté européenne".
"Loin de m’intimider, leur hostilité me motive. Nous ne laisserons pas les sbires du Kremlin ébranler notre démocratie", conclut l'eurodéputé.
S.Martinez--ESF