Allemagne: le parlement adopte la réforme attendue de la prévoyance retraite privée
Les députés allemands ont adopté vendredi une réforme pour rendre les plans d'épargne-retraite subventionnés plus attractifs, un texte attendu alors que le vieillissement de la population met le système de retraite par répartition sous tension.
Cette réforme, votée par les députés de la coalition au pouvoir entre conservateurs et socio-démocrates, va remplacer la retraite dite "Riester", du nom d'un ancien ministre du travail, introduite il y a près de 25 ans pour saupoudrer un peu de capitalisation dans le système de retraite par répartition.
Le nouveau dispositif constitue "un véritable jalon", a déclaré avant le débat au Parlement le ministre fédéral des Finances Lars Klingbeil, car il rendra la prévoyance vieillesse privée plus simple et "rentable dès le premier euro".
En pleine guerre avec l'Iran, qui fait chuter les bourses mondiales, la réforme n'arrive certes pas au meilleur moment.
Mais elle était très attendue, face au déséquilibre croissant entre le nombre de cotisants et de retraités dans le pays.
- Une épargne en ETF -
Jugé trop complexe et peu rentable, le modèle Riester comptait fin 2024 seulement 9,7 millions de contrats, pour une population éligible de plus de 30 millions de personnes.
La loi adoptée vise à toucher un public plus large d'épargnants, issus de tous les niveaux de revenus, en vue de constituer une épargne retraite privée.
Le texte introduit un compte d'épargne retraite sans garantie obligatoire, dans lequel il sera possible d'investir, par exemple dans des fonds indiciels cotés (ETF) très prisés ou d'autres classes d'actifs, de manière simplifiée.
Cela offre des rendements potentiellement plus élevés mais un risque plus variable, contrairement aux anciens produits garantis.
L'Etat va verser une subvention à partir de l'entrée en vigueur du texte en 2027, à savoir 50 centimes par euro épargné jusqu'à 360 euros, puis 25 centimes par euro jusqu'à 1.800 euros, avec une majoration pour les enfants à charge.
Pour la première fois, le dispositif sera ouvert systématiquement aux travailleurs indépendants, longtemps exclus, et aux jeunes via une retraite précoce, avec un versement mensuel de l'État dès le plus jeune âge.
- Frais réduits -
Autre point central de la réforme, l'instauration d'un "produit standard" d'épargne, géré par un organisme public.
Une "mauvaise approche" selon Jörg Asmussen, directeur général de la Fédération allemande des assureurs (GDV), jugeant que "le rôle de l'État devrait être de permettre la prévoyance privée, et non d'évincer les produits de prévoyance privée par un fonds public".
Le plafond des frais de tous les comptes standards à 1 % de la durée totale du contrat est un progrès, comparé aux contrats Riester pouvant coûter plus d'1,5 %.
Mais pour le portail Finanztip, ce seuil reste insuffisant pour garantir de bons rendements aux épargnants à long terme.
Dans l'opposition parlementaire, les Verts, qui ont d'abord salué le projet de loi avec l'introduction d'un produit standard, se sont au finalement abstenus, regrettant l'absence d'adhésion automatique (règle du "opt-out") pour les épargnants.
Selon le député des Verts, Stefan Schmidt, les personnes à faible revenu qui ont "le plus besoin d'une prévoyance complémentaire, ne sont pas touchées", évoquant une "occasion manquée".
Le parti populiste AfD a voté contre le projet, comme le parti d'extrême gauche Die Linke, dont la députée Sarah Vollath a critiqué le fait que les citoyens ne pourront choisir une option de paiement que jusqu'à 85 ans, mais "plus rien ensuite".
"Appeler cela encore une retraite est tout simplement faux", a-t-elle martelé, ajoutant que "le seul moyen d'assurer une bonne protection pour tous reste la retraite légale".
M.Hernández--ESF