El Siglo Futuro - Économies, neutralité, retour du politique : ce que propose Charles Alloncle dans son rapport

Madrid -
Économies, neutralité, retour du politique : ce que propose Charles Alloncle dans son rapport
Économies, neutralité, retour du politique : ce que propose Charles Alloncle dans son rapport / Photo: © AFP/Archives

Économies, neutralité, retour du politique : ce que propose Charles Alloncle dans son rapport

Dans les 69 recommandations de son rapport de commission d'enquête publié mardi, le député UDR Charles Alloncle prône des changements radicaux pour l'audiovisuel public, en ciblant particulièrement France Télévisions.

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- Fusions, suppressions de chaînes

Suppression de France 4, "qui n'a jamais trouvé son public", et de France TV Slash, les principales offres à destination de la jeunesse, ainsi que fusion de France 2 et France 5, et fusion de franceinfo et France 24: Charles Alloncle veut réduire drastiquement le périmètre de France Télévisions, pour participer à un effort de plus d'un milliard d'euros d'économies, soit plus d'un quart des crédits de l'Etat à destination de l'audiovisuel public.

Selon lui, le regroupement France 2-France 5 permettrait de créer une "grande chaîne généraliste de premier plan". Dans une réponse au rapport, France Télévisions estime que les suppressions de France 4 et France 5 "feraient disparaître" une grande partie de l'offre documentaire et culturelle.

Le réseau local est aussi concerné. Le député propose la fusion des stations de télé France 3 Régions et de radio ICI (ex-France Bleu), qui permettrait de réduire les budgets de 138 millions d'euros. "On ne sait pas comment ce chiffre est calculé", répond à l'AFP la direction de Radio France, en pointant qu'une fusion "provoque des surcoûts dans les premières années".

- Des économies dans les jeux télé et le sport

"N'oubliez pas les paroles", "Tout le monde veut prendre sa place", Charles Alloncle critique une trop grande place donnée aux jeux sur France Télévisions et veut réduire de trois quarts leur budget, pour dégager 122 millions d'euros d'économies. Selon le régulateur Arcom, les jeux, qui font partie du cahier des charges légal de France Télévisions, occupaient 14% du temps d'antenne sur France 2 en 2024.

Charles Alloncle compte aussi sur l'économie de 50 millions d'euros par an en réduisant d'un tiers le budget des sports de France Télévisions, qui diffuse les Jeux Olympiques, le Tour de France cycliste, ou encore le tournoi de tennis de Roland-Garros. S'il ne remet pas en cause la diffusion de ces grands événements, Charles Alloncle vise des compétitions e-sports comme "la coupe de France de +League of Legends+".

- Neutralité et devoir de réserve

Charles Alloncle souhaite appliquer un devoir de réserve similaire aux magistrats et enseignants pour les salariés de l'audiovisuel public et intégrer un "engagement de neutralité et d'impartialité" dans leurs contrats. Des outils existent déjà, comme à Radio France, où les salariés sont appelés à faire preuve d'une "grande prudence" sur les réseaux sociaux.

Les figures de premier plan seraient soumises à un "devoir de réserve renforcé", selon le rapport. Le député avait eu de vifs échanges durant les auditions de la commission d'enquête avec le journaliste Hugo Clément, à la tête de l'émission sur l'environnement "Sur le front", en raison de ses prises de position écologistes, ou avec Nagui, qui s'était exprimé en faveur du "front républicain" contre l'extrême droite.

- Nomination des dirigeants, le retour de l'Élysée

Le député UDR veut que les dirigeants de l'audiovisuel public soient nommés par le président de la République après avis des commissions des Affaires culturelles du Parlement, et après avis conforme de l'Arcom, le régulateur. La nomination par l'exécutif avait été mise en place en 2008 par Nicolas Sarkozy et abandonnée sous François Hollande. Selon Charles Alloncle, cet abandon n'a pas fait diminuer les "soupçons d'interférences politiques".

"Comment souhaiter l'indépendance et la neutralité de l'audiovisuel public mais vouloir faire nommer ses dirigeants par le pouvoir exécutif ?", a critiqué mardi le directeur général de Reporters sans frontières (RSF) Thibaut Bruttin.

- La fin des animateurs-producteurs ?

Le sujet avait fait scandale dans les années 1990 et causé la démission de Jean-Pierre Elkabbach de la tête de France Télé. Il s'est invité dans les travaux de la commission à travers les auditions de Léa Salamé, à la fois salariée pour la présentation du 20h et productrice du magazine "Quelle Epoque" le samedi soir, et les situations de Nagui, Samuel Etienne ou Hugo Clément. Charles Alloncle propose d'interdire aux salariés de l'audiovisuel public d'être, par ailleurs, à la tête d'une société de production, et de mettre fin au "système des animateurs-producteurs".

Sans aller jusqu'à des interdictions, le président (Horizons) de la commission d'enquête Jérémie Patrier-Leitus propose lui de "limiter le cumul d'activités" pour les "incarnations de l'audiovisuel public".

G.Alamilla--ESF