Le directeur de la CIA à Cuba pour une réunion exceptionnelle avec les autorités de l'île
Le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu jeudi à La Havane pour une réunion exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, ont indiqué les autorités de l'île, alors que Cuba, soumis à un blocus pétrolier de Washington, fait face à une très grave crise énergétique.
Sollicitée par l'AFP pour confirmer cette réunion avec des responsables du ministère cubain de l'Intérieur, la CIA n'a pas répondu immédiatement.
Les autorités cubaines ont précisé que cette rencontre visait à "contribuer au dialogue politique" entre les deux adversaires idéologiques qui, malgré de fortes tensions, poursuivent leurs échanges.
Une réunion à un haut niveau diplomatique avait déjà eu lieu à La Havane le 10 avril. C'était la première fois qu'un avion gouvernemental américain se posait dans la capitale cubaine depuis 2016.
Jeudi, La Havane a indiqué que les "éléments fournis par la partie cubaine et les échanges menés avec la délégation des Etats-Unis ont permis de démontrer catégoriquement que Cuba ne constitue pas une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis".
Donald Trump a signé fin janvier un décret présidentiel stipulant que l'île communiste, située à 150 km des côtes de Floride, représentait une "menace extraordinaire" pour les Etats-Unis.
Washington a ainsi justifié le durcissement des sanctions contre La Havane, déjà soumis à un embargo depuis 1962, et notamment l'imposition d'un blocus pétrolier de facto contre l'île depuis janvier. Donald Trump avait alors menacé de représailles tout pays souhaitant fournir ou vendre du pétrole à l'île caribéenne.
Cuba assure avoir aussi pu montrer "qu'il n'existe aucune base militaire ou de renseignement étrangère sur son territoire", en référence à des allégations américaines de présence de bases d'écoute chinoises sur l'île.
- "Pas d'obstacles" -
Le durcissement des sanctions américaines a provoqué une crise énergétique et économique sans précédent sur l'île de 9,6 millions d'habitants. La situation du réseau électrique reste particulièrement critique, alors que le pays n'a plus de réserves de diesel ni de fioul.
Les délestages à répétition ont provoqué des tensions sociales dans la nuit de mercredi à jeudi à La Havane. Les habitants ont manifesté, en tapant sur des casseroles ou en mettant le feu à des poubelles, leur exaspération face à des délestages pouvant durer plus d'une vingtaine d'heures.
La situation, déjà critique ces derniers jours a encore empiré jeudi matin, avec une déconnexion du réseau électrique de sept provinces sur 15. En fin de journée, quatre provinces n'avaient pas encore été reconnectées au réseau national, selon les autorités.
La compagnie électrique a aussi annoncé que la centrale thermo-électrique Antonio Guiteras, située à une centaine de km de La Havane et qui fournit le plus d'électricité au pays, a connu une panne en raison "d'une fuite dans la chaudière".
Face à la complexité de la crise, le gouvernement cubain s'est dit "prêt" à examiner une proposition d'aide financière de 100 millions de dollars faite la veille par Washington qui exige que cette aide soit distribuée par l'Église catholique, sans passer par le gouvernement.
Estimant qu'une telle aide, si elle remplit les "standards" internationaux de l'aide humanitaire, ne rencontrerait "pas d'obstacles" de la part du gouvernement cubain, le président Miguel Diaz-Canel a cependant jugé qu'une levée du "blocus" imposé par les Etats-Unis serait une façon "plus simple" d'aider l'île.
Cuba est confrontée à une profonde crise énergétique depuis mi-2024, aggravée par le blocus pétrolier imposé par Washington.
Depuis fin janvier, un seul pétrolier russe chargé de brut a été autorisé à accoster à Cuba. Sa cargaison est désormais épuisée.
La Havane accuse Washington d'être responsable de la situation critique du réseau électrique, tandis que les Etats-Unis estiment que la crise énergétique cubaine provient d'une mauvaise gestion économique interne.
L'île a déjà connu sept pannes de courant généralisées depuis fin 2024, dont les deux dernières en mars.
"C'est une économie ruinée et dysfonctionnelle, et il est impossible de la changer. J'aimerais qu'il en soit autrement", a dénoncé mercredi le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio.
Washington s'est par ailleurs félicité de la libération d'une dissidente, Sissi Abascal, condamnée à six ans de prison pour avoir participé aux manifestations antigouvernementales du 11 juillet 2021. L'ONG Cubalex a précisé que l'opposante, membre du mouvement dissident des Dames en blanc, partait en exil.
D.Torres--ESF