Philippines: des panneaux solaires sur les toits contre des factures qui crèvent le plafond
Convaincu par les promesses d'économies, Edwin Salas assiste avec satisfaction à l'installation du premier panneau solaire sur le toit de sa maison, un geste qui se répand à grande vitesse aux Philippines, où les factures d'électricité sont les plus salées de la région.
"Même si nous n'arrivons pas à ramener la facture à zéro, nous pourrons économiser beaucoup et avoir de l'électricité même pendant les coupures de courant", résume cet homme de 46 ans, dans sa maison située à deux heures au sud de Manille.
Le gouvernement philippin veut porter à 35% la part des renouvelables dans son mix énergétique d'ici 2030 et, selon des experts du secteur, le solaire connaît un véritable essor porté par entreprises comme consommateurs individuels, qui peuvent être attirés par l'opportunité économique.
Selon le ministère de l'Energie, l'électricité est plus chère aux Philippines que partout ailleurs en Asie du Sud-Est.
"Pendant des années, le solaire sur les toits était souvent présenté comme un choix environnemental (...) Aujourd'hui, c'est une réponse concrète à la pression financière", explique Brenda Valerio, directrice nationale de l'ONG New Energy Nexus.
Les Philippines sont devenues cette année le deuxième plus gros acheteur de panneaux solaires chinois, selon un rapport du groupe de réflexion mondial sur l'énergie Ember.
Cette étude estime que les installations sur les toits ont presque doublé dans l'archipel de 116 millions d'habitants depuis le début de l'année 2025.
Pour beaucoup, le conflit au Moyen-Orient a rendu urgent le passage au solaire, raconte à l'AFP Mike de Guzman, directeur général de Solaric, une entreprise basée à Manille.
"C'est comme si une guerre avait éclaté et que nous étions une usine de balles", dit le chef d'entreprise de 49 ans, chez qui cinq mois de stocks ont été "liquidés" en quelques semaines après le déclenchement du conflit fin février.
- Made in China -
Sa société reçoit encore 60 appels par jour, et comme pour la plupart des distributeurs à travers l'Asie, le stock de M. De Guzman vient de Chine.
De janvier à mai, la Chine a exporté pour 13,96 milliards de dollars de cellules et panneaux solaires, soit une hausse de 26% par rapport aux 11,07 milliards de dollars enregistrés sur la même période l'an dernier, selon les données officielles des douanes consultées par l’AFP.
Une grande partie de cette croissance est due aux pays d'Asie du Sud-Est.
Le rapport d'Ember note que le boom ne fait que commencer aux Philippines, avec bien plus de panneaux importés qu'installés.
Selon l'Institute for Climate and Sustainable Cities, basé à Manille, "le potentiel de croissance est immense", car seulement 0,5% de la surface de toiture disponible dans le pays est pour l'instant équipée pour emporter du matériel solaire.
- Prix en baisse -
L'exploitation des hectares d'espace libre sur les toits des centres commerciaux philippins a contribué à faire légèrement monter ce nombre.
Plus de 200.000 panneaux fournissent ainsi environ 50% du mix énergétique des centres commerciaux du groupe SM.
"Nous installons des panneaux solaires sur nos centres commerciaux uniquement pour réduire notre consommation d'énergie", déclare Frederic DyBuncio, président-directeur général de SM Investments Corp, ajoutant que les autres conglomérats du pays font de même.
Le concurrent Robinsons se targue de posséder "28 centres commerciaux alimentés par l'énergie solaire", tandis qu'un autre, Ayala, dispose de parcs de panneaux sur le toit de 13 centres.
"Le prix des panneaux solaires continue de baisser", souligne M. DyBuncio, espérant que le pays "en tire parti".
- "Paperasse" -
Cependant, les panneaux solaires restent encore hors de portée pour beaucoup.
Une porte-parole du ministère de l'Energie a relevé que le gouvernement proposait un programme de financement pour les fonctionnaires, quand les autres ont moins d'options.
"Un système pour un ménage typique coûterait peut-être entre 3.000 et 5.000 dollars", indique Mme Valerio, de New Energy Nexus, jugeant ce montant "trop élevé" pour une famille de classe moyenne sans financement.
Par ailleurs, les autorisations nécessaires pour le compteur et le raccordement au réseau - théoriquement une procédure de dix jours - peuvent prendre jusqu'à huit mois dans certaines zones, selon elle.
"Le problème des toits solaires, c'est la paperasse", a déclaré en juin le président du Sénat philippin, Sherwin Gatchalian, appelant à une procédure d'autorisation plus rapide et plus simple.
U.Alonso--ESF