El Siglo Futuro - Guerre au Moyen-Orient: en Inde, les fabricants de céramique à l'arrêt faute de gaz

Madrid -
Guerre au Moyen-Orient: en Inde, les fabricants de céramique à l'arrêt faute de gaz
Guerre au Moyen-Orient: en Inde, les fabricants de céramique à l'arrêt faute de gaz / Photo: © AFP

Guerre au Moyen-Orient: en Inde, les fabricants de céramique à l'arrêt faute de gaz

Fermés pour cause de guerre au Moyen-Orient. Dans l'Etat du Gujarat, dans l'ouest de l'Inde, les fours à céramique et les centaines de milliers d'employés qui en dépendent ont été brutalement mis à l'arrêt, victimes des pénuries de gaz.

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Normalement nourri au propane, le four de cette usine de Morbi est désormais froid.

Autour, une épaisse couche de poussière recouvre désormais les gigantesques machines qui broient les argiles destinées à fabriquer les tuiles. Sur le site, seule une poignée d'ouvriers s'active encore à charger dans des camions les derniers carreaux produits il y a trois semaines.

"Tout le secteur est perturbé", commente le propriétaire de l'usine, Kishor Dulera, contraint de fermer trois sites et de renvoyer chez eux des centaines d'employés. "Nous avons subi un coup terrible".

Le blocage de fait par l'Iran du détroit d'Ormuz depuis les premières frappes américano-israéliennes fin février perturbe sérieusement les approvisionnements en pétrole et en gaz de l'Inde, qui importe une large part de sa consommation.

Pour éviter la pénurie, le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi a réservé l'essentiel des livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) aux ménages et à des secteurs essentiels comme les transports ou les hôpitaux.

De nombreuses industries ont en conséquence été contraintes de réduire leur activité, comme la chimie, voire de l'interrompre totalement.

- "Désastre" -

C'est le cas du secteur de la céramique, qui génère chaque année en Inde un chiffre d'affaires de 6,5 milliards de dollars et emploie plusieurs centaines de milliers de salariés, pour l'essentiel autour de Morbi.

Des usines de cette capitale indienne de la céramique sortent 90% de la production nationale, dont une partie est exportée vers les Etats-Unis ou la Thaïlande.

Plus de 400 d'entre elles ont arrêté leurs fours, qui fonctionnent en continu, dès que les livraisons de gaz se sont taries, rapporte Manoj Arvadiya, le responsable de l'association locale des producteurs.

"Vous ne pouvez pas les faire marcher pendant deux jours et puis juste les arrêter la journée d'après", explique-t-il, "ça ne fonctionne malheureusement pas comme ça".

Comme d'autres patrons, Hitesh Detroja n'a eu d'autre choix que de fermer l'usine Lexus Granito, qui produisait jusqu'à 30.000 tuiles par jour. "Une crise horrible", "un désastre", fulmine-t-il en pensant aux 74.000 dollars d'emprunts qu'il rembourse chaque mois.

La mise à l'arrêt de l'industrie a déjà commencé à peser sur les sous-traitants et toute l'économie de la région. La céramique y fournit près d'un million d'emplois directs et indirects, selon les statistiques officielles.

"Tout le monde est inquiet", confie Bunty Goswami, 29 ans. Agriculteur, il fait partie de la nombreuses main d'oeuvre du secteur qui vient y compléter ses revenus.

- "Se refaire plus tard" -

"On ne sait pas trop quoi faire", poursuit-il, "faut-il rentrer à la maison ou bien rester encore ici..."

Le gouvernement indien a multiplié les mesures pour doper la production locale de gaz ou diversifier ses sources d'approvisionnement auprès de l'Australie et de la Russie notamment. Il négocie aussi avec l'Iran la sortie de ses méthaniers coincés dans le détroit d'Ormuz.

Plutôt que d'arrêter ses fours, Jitendra Aghara, à la tête de l'une des plus importantes usines de Morbi, Simpolo Tiles, a préféré les maintenir en activité en achetant du propane au double de son prix habituel.

"Même si on subit des pertes pendant deux ou trois mois, on pourra toujours se refaire plus tard", veut-il croire.

L'industrie de la céramique s'est développée dans le Gujarat parce que l'argile y est disponible en abondance et que ses ports permettent de l'approvisionner facilement.

Mais la crise actuelle suggère qu'il est peut-être temps qu'elle songe à réduire sa dépendance en recourant à d'autres sources d'énergie que le gaz, estime M. Aghara.

Des géants de l'industrie indienne comme le groupe Reliance ont annoncé des projets ambitieux en matière d'hydrogène, par exemple. Mais, relève le patron, la qualité des tuiles produites par ces installations "n'atteint pas encore 100%" de celles produites dans des fours à gaz.

A.Amaya--ESF