Législatives en Russie : sous le choc après des frappes de drones, Tambov s'apprête à voter sans illusions
Sous le choc après les attaques de drones ukrainiens qui ont détruit un centre logistique d'e-commerce où travaillaient 5.000 personnes, les habitants de Tambov, dans la province russe, s'apprêtent à élire leurs députés, des législatives dans lesquelles les chances de la candidate de la "paix" sont infimes.
A première vue, Tambov respire le calme avec ses petites demeures pittoresques du XIXe siècle et son architecture soviétique. Cette ville située à 500 km au sud-est de Moscou semble loin du conflit déclenché par la Russie en Ukraine il y a quatre ans et demi.
Pourtant, le 18 juillet, cette quiétude a été rompue par une attaque de drone ukrainien contre un centre logistique du géant russe du commerce en ligne Wildberries à 20 km de Tambov. Sept personnes ont été tuées et vingt-cinq autres blessées. Le 26 août, une deuxième frappe a entièrement détruit ce site.
L'Ukraine multiplie les attaques de longue portée en Russie, notamment contre Wildberries et son concurrent Ozon, qu'elle accuse de fournir des composants à l'armée russe.
Diana, une étudiante de 18 ans, estime que la tragédie de Wildberries doit "pousser les gens" à aller voter aux législatives qui auront lieu dans toute la Russie de vendredi à dimanche. "Les gens ont perdu leur travail, certains avaient des proches qui y travaillaient. C'est terrifiant", dit-elle à l'AFP.
- "Un parti de guerre" -
A Tambov, des affiches encouragent justement les électeurs à aller aux urnes, proclamant : "Ta voix est la force de la Russie".
Les trois députés sortants de la région - deux sont élus directement sur leur nom, le troisième sur la liste d'un parti - appartiennent à Russie unie, le parti de Vladimir Poutine, et à un parti nationaliste tout aussi favorable à l'offensive en Ukraine.
La seule formation politique opposée à la guerre, Iabloko, a été exclue du scrutin. Mais, dans plusieurs régions, dont celle de Tambov, ses candidats tentent encore leur chance au travers du vote à la majorité simple dans des circonscriptions uninominales dont les élus composent pour moitié la Douma, la Chambre basse du Parlement.
Daria, une manucure de 35 ans, envisage de voter car "l'avenir dépend de nous". Elle a des sympathies pour la candidate de Iabloko, Iana Zenkina, car son parti est "contre les actions militaires".
Vladimir Vinogradov, 76 ans, lui préfère le Parti communiste, qui a soutenu l'offensive en Ukraine : "Tout le monde va voter pour Russie unie. Moi, non".
Face à leur principale rivale, la sortante Tamara Frolova de Russie unie, les candidats communiste Andreï Jidkov et de Iabloko, Iana Zenkina, sont largement des outsiders.
Assis devant un buste de Lénine et des drapeaux rouges, Andreï Jidkov, un ancien militaire de 64 ans, regrette l'époque de l'URSS, quand n'y avait, selon lui, "aucun désaccord" entre les communautés.
Aujourd'hui, il rêve d'une victoire de Moscou sur Kiev. "La victoire signifie pour nous la survie de notre Etat", estime M. Jidkov, interrogé par l'AFP.
"Les propositions de paix en temps de guerre sont une voie dangereuse. C’est pourquoi nous sommes un parti de guerre", reconnaît ce candidat. Plusieurs membres du PC local prennent part à l'offensive et six y ont été tués.
- "Les gens sont fatigués" -
Iana Zenkina, 32 ans, est la seule, parmi les candidats, à prôner la fin des combats.
Dans son modeste bureau, une affiche avec la célèbre citation du groupe de rock Kino : "Nos cœurs réclament des changements".
Celle qui se présente sous les couleurs de Iabloko raconte comment ses vidéos électorales ont été interdites à la télévision locale. "La rédaction s'est adressée à la commission électorale affirmant que mes vidéos présentaient +des signes d'extrémisme+. La commission a porté plainte auprès du parquet", dit la candidate.
"Le mot +paix+ est devenu dangereux", dit-elle en souriant.
Iana Zenkina dit ressentir "un soutien colossal" de la part des jeunes électeurs. "Les gens sont fatigués" de ce long conflit et "c'est une lourde charge économique et sociale (qui pèse) sur la population", explique-t-elle.
Elle souligne pourtant que l'attaque sur Wildberries "n'a eu aucun impact politique" et n'a provoqué "aucun afflux" dans le camp pacifiste, même si elle a "affecté" la situation financière des familles.
Peu d'entreprises peuvent proposer des salaires aussi élevés que Wildberries et les allocations chômage représentent seulement 15.000 roubles (près de 150 euros) par mois.
L'administration locale a organisé début septembre "une foire à l'emploi" visitée par 3.000 personnes, a affirmé à l'AFP Olga Mechtcheriakova, la directrice du centre pour l'emploi de Tambov.
Selon elle, "la région peut proposer des salaires du même niveau (que Wildberries, ndlr) dans les entreprises de l'industrie militaire".
E.Campana--ESF