XV de France: Jefferson Poirot, du "back-to-back" au "come-back"
Six ans après sa "décision ferme et définitive" de mettre un terme à sa carrière internationale, le pilier gauche Jefferson Poirot a été rappelé en bleu, à 33 ans, porté par deux Champions Cup remportées coup sur coup avec Bordeaux-Bègles qui ont changé bien des choses.
Ce retour, très peu l'avaient vu venir. Et Poirot lui-même, interrogé en avril par l'AFP après le quart européen victorieux face à Toulouse (30-15), n'y croyait pas. "Le train a avancé depuis 2020, on est quand même sur une équipe de France qui performe depuis des années", disait-il alors.
Mais il y a eu depuis cette deuxième étoile décrochée le 23 mai contre le Leinster (41-19). Quasiment la consécration pour le gaucher aux 282 apparitions avec l'UBB, jamais titré avant 2025, qui sort de deux saisons pleines et intenses à 28 et 27 matches, et qui remisera les crampons à l'été 2027.
"Je peux dire que je me paye", résumait-il en avril. "Les planètes se sont alignées. C'est un peu la récompense de tous les efforts fournis. Les titres amènent encore plus de libération, c'est de plus en plus du bonheur."
"Il n'y a plus l'aspect contrainte ou l'aspect un peu anxiogène que peut générer une carrière par moments", poursuivait-il. "Là, il m'a totalement quitté parce que j'ai coché pas mal de choses. Je ne suis plus que sur le plaisir du jeu à ce niveau-là, qui est extraordinaire. J'ai rarement vécu une période où j'ai autant de sérénité, parce que je n'ai pas d'ambition d'avoir un nouveau contrat, pas d'ambition forcément de jouer en sélection."
La sélection, il en avait fait le deuil à la fleur de l'âge, juste avant le confinement de mars 2020, après 36 capes, deux capitanats et une dernière apparition contre l'Ecosse à Edimbourg.
- Fier qu'on pense à lui -
Via son compte Instagram, Poirot avait évoqué à l'époque son besoin de "prendre du recul vis-à-vis de ce Graal qu'est l'équipe de France, cette équipe merveilleuse qui fait tant rêver, qui est si dure à atteindre mais qui est, aussi, parfois éprouvante", et son envie de se "consacrer pleinement à d’autres objectifs personnels, comme être un papa à temps complet".
"En 2020, rappelait-il en avril à l'AFP, j'ai lancé mon après-carrière. J'ai racheté une société, j'ai construit des choses extra-sportives, j'ai pris du temps aussi pour me construire en tant qu'homme et ça, c'est ce qui me permet aujourd'hui d'être serein."
Puis la conjoncture a fait le reste. Quatre finales en trois ans avec l'UBB (deux en Top 14 en plus de ce "back-to-back" européen), la rentrée dans le rang du Toulousain Cyril Baille, son successeur désigné en bleu, peu de concurrence qui se dégage derrière le titulaire toulonnais Jean-Baptiste Gros: et voilà l'équipe de France qui revient dans la discussion.
"Si je suis pré-convoqué ? Ecoute, j'irai", lâchait-il dans un sourire, visiblement fier que l'on pense encore à lui à un peu plus d'un an de la Coupe du monde en Australie. "Ça ne pourra pas se refuser."
"Quand tu sais que tu as rempli tes objectifs et qu'après c'est la fin, les challenges, tu les prends comme ils viennent et il y a des moments de la carrière où tu as besoin d'une chose et des moments de la carrière où c'est différent", imageait-il.
De passage en mai au centre d'entraînement de Bègles, pour prendre le pouls de ses internationaux vainqueurs du dernier Tournoi, le sélectionneur Fabien Galthié avait alors recroisé Poirot... Des retrouvaille visiblement réussies, en témoigne cette nouvelle convocation.
M.F.Ramírez--ESF